Les Amours du Passé

J’entends tellement souvent parler d’âmes soeurs, de flammes jumelles, de ces relations intenses que tout le monde recherche…

Les personnes qui disent ne jamais avoir connu ces relations mystiques, ne jamais avoir aimé de cette façon, se sentent parfois presque anormales et ont l’impression de manquer quelque chose. Et ceux qui ont eu la « chance » de l’expérimenter se sentent presque comme des élus, autant que comme maudits.

Bien sûr que ces relations sont belles, que l’intensité est magique et que c’est une expérience incroyable à laquelle on ne renoncerait pour rien au monde. On se sent rarement autant vivants que dans ces relations.

Mais il y a toujours un autre côté à prendre en compte…

Ce n’est pas qu’il y a toujours un revers de la médaille, c’est simplement que les choses sont toujours bien plus profondes que cela.

Les contes de fées sont des contes de fées parce qu’ils durent le temps d’un livre.

Dans la réalité, il y a bien plus de choses qui se passent et qui entrent en ligne de compte que seulement deux personnes qui se rencontrent et qui partagent une connexion.

Les émotions sont multiples, les événements peuvent être vus sous des milliers d’anges différents, les personnes ont chacune de nombreuses facettes et la vie est bien plus longue qu’un livre, « les » vies le sont encore plus…

Oui les relations d’âmes sont magnifiques mais elles sont tellement d’autres choses…

Elles peuvent aussi faire porter un poids… Notamment celui de la solitude.

Avez-vous déjà entendu quelqu’un dire qu’il ou elle n’arrive pas à tomber amoureux(se) ? Que toutes les relations lui paraissent fades ? Faites-vous peut-être partie de ces personnes qui recherchent désespérément quelqu’un qui leur fasse ressentir quelque chose ?

Parfois, ce peut être parce qu’on a été blessé et qu’on a besoin de guérir son coeur pour l’ouvrir de nouveau.

Et parfois c’est parce qu’il est tellement plein qu’il n’y a plus de place… et qu’on est presque « addict » à l’intensité.

Pensez-y un instant :

Lorsque vous avez partagé plusieurs vies avec une personne, vous avez été mariés, dans plusieurs pays, à plusieurs époques, dans plusieurs cultures, vous avez eu des enfants ensemble, vous avez vécu des guerres ensemble, vous avez combattu peut-être côte à côte, vous êtes parfois décédés ensemble ou avez pleuré le départ de l’autre, chacun à votre tour, dans une vie puis dans une autre… Pendant des centaines d’années, des milliers d’années…

Ça crée des liens.

La vie dans le passé était dure, souvent remplie de drames, de batailles, les bonheurs étaient aussi intenses parce rares et courts. Tellement d’émotions en si peu de temps…

Nos relations n’en étaient que plus fortes. Nous avons vécu plus d’amour d’adolescents que d’amour d’adultes, la vie d’adulte était bien plus courte qu’aujourd’hui. Les amoureux étaient souvent séparés et n’avaient pas l’occasion de voir si leur relation pouvait durer, s’ils s’aimaient vraiment ou si cette intensité venait de la passion éphémère et des circonstances dramatiques qui les entouraient.

Et quand on vit tous ces événements intenses avec une personne, vie après vie, le reste peut paraître effectivement légèrement fade…

Quand on s’est battu pour être avec une personne, quand on a vécu la guerre a ses côtés, qu’on a eu des enfants ensemble et que l’on est mort ensemble pour une cause à laquelle on croyait, quand on a vécu l’histoire, tous les styles d’histoires… Le jour où la vie devient un peu plus calme, le jour où on a le temps et l’occasion de vivre des relations paisibles, des relations qui peuvent durer, c’est effrayant.

En est-on capable ?

Peut-on être avec cette personne que l’on a tant aimée et perdue tant de fois ? Cette fois cela peut-il marcher si nos vies ne sont pas en danger ? Est-ce réellement de l’amour ou l’addiction à l’adrénaline ?

Sans la guerre, sans les décès en couche, sans les unions interdites, sans aucun obstacle, est-on capable de continuer à s’aimer ?

Peut-on aussi se pardonner de ne pas s’être attendus, d’avoir fui, d’avoir manqué de courage, d’avoir fait des erreurs qui ont coûté des vies et d’autres moins graves mais qui nous ont blessés de sorte que chacun en porte encore la rancoeur plusieurs vies plus tard ?

Peut-on pardonner et tourner la page ? Autant pour les choses dont on se souvient que celles qui sont présentes mais dont on ne se souvient pas ?

Est-on capable d’être avec quelqu’un d’autre ? Quelqu’un que l’on a jamais connu ? Avec qui nous n’avons jamais partagé cette intensité ? Quelqu’un qui ne connaît pas notre âme, qui n’a jamais échangé ses voeux avec nous, un(e) véritable inconnu(e) après des millénaires auprès de quelqu’un qui faisait partie de nous ?

Peut-on trouver l’intensité différemment ? Sans drame et dans le présent ?

Une partie de nous cherche à retrouver ses âmes soeurs avec qui on a partagé tant d’amour et de souffrance. Une partie de nous tente de s’accrocher au passé.

Et si la réelle quête de l’Amour était de se trouver soi ?

Cela implique de laisser dans le passé tout ce que nous avons été, tout ce que les autres ont été, tout ce que nous avons partagé et subi, de se libérer de l’adrénaline et des voeux prononcés… Pour découvrir qui nous sommes aujourd’hui et qui sont les personnes qui arrivent dans notre vie.

Si l’on recherche l’intensité du passé, elle viendra avec les souvenirs des difficultés du passé.

Créons plutôt l’intensité du présent, avec l’enthousiasme de découvrir ce que chacun est devenu, ce qu’il aspire à devenir et tous les trésors que nous portons tous en nous mais que nos vies précédentes ne nous ont peut-être pas laissé le temps ni l’occasion d’exprimer.

Laissez partir votre ancien vous, avec toutes sa nostalgie, ses attentes, ses espoirs, ses peurs, ses émotions… Lâchez prise pour construire une relation basée sur le présent qui correspond à qui vous êtes aujourd’hui et qui est l’autre à cet instant.

Abandonnez l’intensité du passé, parfois partiellement artificielle et basée sur l’adrénaline, pour créer et consolider celle du présent de façon consciente et authentique, basée sur la complicité, la complémentarité et l’admiration mutuelle de ce que chacun est.

Et cela demande bien plus que le temps d’un livre de contes de fées… 😉

 

 

 

 

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