Pas si facile…

On me dit souvent que j’ai beaucoup de courage, qu’on m’admire d’avoir tout quitté pour partir au Québec ou pour toute autre décision que j’ai prise, d’avoir la force et la confiance de faire ce que me dicte mon cœur, que ça a l’air facile et qu’en voyant mon sourire et comment les choses se déroulent de façon magique pour moi ça fait rêver…

Oui effectivement.

Mais pas toujours…

Evidemment, c’est relativement facile pour moi de suivre mon cœur, j’entends ses appels, je fais confiance à l’Univers. Quand je sens que je dois faire quelque chose, j’ai appris à le faire et il s’en suit toujours des cadeaux extraordinaires.

Mais ça n’empêche pas le reste… Les peurs, les doutes, la souffrance…

Je suis plutôt pas mal « connectée » et je sais vers où on me pousse, que c’est pour mon bien, que tout se passera bien… Donc oui, c’est plus facile de sauter dans le vide.

Mais « plus facile » ne veut pas dire que c’est un jeu d’enfant pour autant.

Je reste humaine, comme vous, avec mon mental qui s’emballe, mes peurs qui ressurgissent. Même si cela ne dure pas longtemps et que la panique fait vite place au sourire et à la gratitude, il y a des moments où, comme tout le monde, j’ai des coups de blues. Et la peur au ventre.

Comme ce soir.

Ce soir où la phrase du plus adorable des petits garçons de 9 ans trotte dans ma tête…

« Tu vas rester toute ta vie au Québec ? »

Et paf ! La question qu’il est temps de se poser et que je repousse depuis deux mois.

Rien de mieux que l’innocence d’un enfant, à qui on n’a pas le droit de faire de fausses promesses, pour vous toucher en plein coeur, vous remettre sur les rails et vous faire travailler sur les vraies affaires…

Une partie de moi rêve seulement de s’enraciner dans ce bout de forêt où mon cœur est en paix.

Une autre partie de moi tente désespérément de s’accrocher au passé, au connu, au confort…

En France, tout est plus facile pour moi…

J’ai ma voiture, je peux reprendre un logement. Il suffirait que je rentre et je pourrais retrouver mes amis, voir ma famille aussi souvent qu’avant, retrouver mes affaires, mes vêtements, mes livres, tous les objets qui m’ont accompagnée au fil des années et qui m’apportent un sentiment de sécurité.

Je recommencerais à arpenter les rues que je connais par cœur, à passer du temps dans les endroits que j’affectionne et dont je connais chaque brin d’herbe, chaque odeur… Je reprendrais vite mes petites habitudes que j’adore : aller danser au Puerto Habana, manger des sambos chez Pierre, faire le plein de caféine chez Najoua, manger vietnamien avec les entrepreneurs les plus sympathiques de France, faire 3h de route sur un coup de tête pour admirer le coucher de soleil sur l’océan, boire un verre de muscat en sentant le soleil sur ma peau dès le mois d’avril, traverser la France pour un week-end magique de travail énergétique entre amis et hors du temps, avec guitare et brasero, passer la soirée avec ma sœur à regarder nos séries américaines et coréennes préférées en mangeant du kimchi et du chocolat, admirer les cerisiers en fleur avec ma maman, aller à la fête des voisins avec mon papa…

Toutes ces choses que j’adore faire et avoir. Tous ces moments que j’aime partager. Toute cette vie qui est là et qui m’attend si je veux d’elle.

Oui, je pourrais rentrer en France et retrouver tout ça. Ce serait tellement plus facile, ce serait tellement agréable. J’aurais une belle vie, assurément.

Et parfois je me demande si ce ne serait pas plus raisonnable de rentrer, de m’épargner des bleus au cœur, de ne pas vivre de manques, de retrouver cette vie confortable, douce, déjà toute construite.

Oui probablement.

Mais est-ce réellement la vie que je veux ?

Elle serait belle mais me rendrait-elle vraiment heureuse au bout du compte ?

Comment rentrer alors que mon cœur, lui, réclame autre chose ?

Une partie de moi aimerait le faire taire et choisir la facilité. Il y a même des moments où je lui en veux un peu de ne pas se contenter de ça et d’avoir des aspirations qui me terrifient. Mais depuis toujours mon cœur a l’habitude d’avoir le dernier mot. Il sait exactement comment convaincre toutes les autres parties de moi qui doutent, qui veulent limiter les risques et aller se cacher dans ma chambre douillette chez ma maman.

Mon cœur est un leader, aucun doute. Il sait rassembler, il sait convaincre et il sait par où aller. C’est facile pour lui. Tout est évident.

Pour moi, ça l’est quand même un peu moins…

Monter la première marche de l’escalier quand tu ne vois pas la deuxième, c’est un challenge de tous les jours.

Cela apprend la confiance et le lâcher prise, ça oui. Mais ça fait bien ressortir la trouille aussi.

Parce qu’on a beau avoir 13 ans de développement personnel et compagnie dans les poches, quand on se prend un coup de pieds dans les fesses on vole de la même façon… On peut juste espérer gérer un peu mieux l’atterrissage.

Quoiqu’il arrive, on reste des êtres humains, avec notre vulnérabilité, nos fragilités, nos moments de doutes, nos peurs…

Et par moments, je peux vous dire que je suis vraiment terrifiée.

Mais mon cœur, mes cartes, mon intuition, mes amis, mes guides… Tout me dit de lâcher le passé, d’embrasser les achèvements, d’accepter les fins, et d’ouvrir les bras à une nouvelle vie, de quitter l’avoir pour l’être…

« Ok. Et sinon je peux ramener mon cœur et ma connexion au magasin ? Ça se passe comment pour le remboursement et couper le wifi ? Parce que franchement, ne rien savoir et retourner au soleil, ya des jours ben… ça me tente assez ! »

Bon, au bout de 5 minutes voire de 5 secondes, je m’accroche à mon cœur et mon wifi intégré comme un naufragé à une bouée de sauvetage : « non non, c’est bon j’ai rien dit je les garde !!! »… Trop bonne élève… Cas désespéré.

Dans le fond, sans mon cœur entêté et mon wifi multiréseaux je ne serai pas la même personne. Il me manquerait une grande partie de ce qui fait que je suis moi, je ne me sentirais plus moi-même. Et puis, sur le papier où on nous demandait de choisir en confort et bonheur, en bonne masochiste j’ai coché bonheur…

C’est ce qui fait que, même si je suis terrifiée, même si tout serait plus simple et confortable en rentrant en France, je ne peux pas rentrer.

Mon cœur refuse. Et il est intraitable.

Il me répète chaque jour que ma place est ici. Il me montre constamment toutes les choses dans ma vie qui ont été mises en place pour m’amener ici. Il m’envoie des cadeaux pour me convaincre de rester. Il me dévoile tous les jours une nouvelle raison de ma présence au Québec.

Et mon wifi me dit : « attends ».

Donc oui, c’est simple et facile dans le sens où aller à l’encontre de qui je suis serait bien plus compliqué et que j’ai des guides de taille qui me montrent le chemin sans laisser place au doute. Quand tout est balisé avec d’énormes flèches rouges, c’est facile de trouver son chemin.

Mais c’est très compliqué et difficile de tout quitter, d’être dans le brouillard complet et de n’avoir aucune sécurité ni stabilité que celles qui sont en moi.

C’est un défi constant. Un test de confiance.

Et je sais que nous sommes nombreux à être face à ces challenges en ce moment, à savoir que nous devons emprunter un escalier dont on voit seulement la première marche, à penser aller quelque part et être réorientés par l’Univers pour aller ailleurs, à avoir l’impression de vivre sur des sables mouvants…

Garder son équilibre et sa confiance quand on n’a aucune certitude en dehors de celle que l’on ne maîtrise rien, ce n’est pas une mince affaire.

Comme on ne sait pas grand-chose avec précision, qu’on a accès qu’à une petite partie du puzzle, autant déléguer à l’Univers et le laisser faire… L’expérience m’a appris que c’était la meilleure des solutions !

Mais je peux vous dire que certains jours mon mental hurle.

Heureusement mon cœur est un champion pour faire la sourde oreille et il sait faire plus de bruit.

Donc c’est plus facile. Mais ce n’est pas facile pour autant.

C’est seulement ce qui est juste. Et c’est pour ça que ça deviendra facile 😉

Lâcher ce qui est formidable pour accueillir ce qui est extraordinaire…

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1 Comment

  • Nathalie

    Reply Reply 8 mai 2017

    Ton article décrit si bien ton vécu,ta quête de bonheur. Les souvenirs heureux et ce presque « pourquoi s’en priver? ».. Tu as ce courage de raconter ce qui se vit derrière les apparences, le questionement et les doutes. C’est fou comme il y a en commun comme situation à traverser même si nous n’avons pas les mêmes défis! Le doute, le questionnement entre les choix faciles de bonheur et cette guidance intérieure du coeur qui nous murmure d’autres choix, qui paraissent parfois un peu fous.. dnc derrière nos décors et défis, ous sommes pusieurs à vivre ces questions, ce peurs, ce tirailement entre la tête et le coeur? Merci pour cette piste de réflexion. Elle apporte courage et solidarité pour avancer sur mon chemin.

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