Dissonance

Maya avait 18 ans.

Ses  longs cheveux blonds flottaient dans la légère brise de cette chaude après-midi du mois d’août. Ses pieds foulaient le sable brulant de la plage bordant la méditerranée à l’endroit où un terrain de beach volley avait été installé.

Son short et son haut moulant laissaient apparaître une silhouette à rendre jalouses toutes les filles de son âge, et probablement aussi les autres…

Elle avait tout pour elle.

Belle, jeune, intelligente, une famille formidable, des tonnes d’amis, un sport où elle excellait…

Et pourtant…

Maya était peut-être aussi la jeune fille la plus malheureuse de ce petit bout de paradis salé.

Elle avait un sourire à faire fondre tous les garçons et personne ne pensait à aller voir ce qui se cachait derrière.

Pas même elle.

Elle se considérait comme heureuse. Ou du moins pas malheureuse.

Il y avait seulement cette sensation, inconfortable.

Cette dissonance, qui ne voulait pas s’en aller.

La bruit, les gens, la musique, les sorties, le téléphone, couvraient souvent cette voix en elle qui lui disait que quelque chose n’allait pas.

Mais quand elle se retrouvait seule, le mal être l’attendait, toujours présent.

Alors elle se noyait dans la foule, dans les activités, dans les gens qui l’entouraient.

Elle se nourrissait de cette vie d’illusions, jolies illusions, certes, mais tout-de-même factices.

Maya parvenait à oublier qu’elle n’était pas heureuse. Par peur de la réponse, elle refusait de se demander ce qui n’allait pas.

Elle faisait ce qu’on attend de toute jolie jeune fille. Elle souriait, elle se montrait plus belle que jamais, elle plaisait, elle était un peu fragile quand il le fallait.

Elle jouait.

Elle jouait un jeu auquel on ne lui avait pas proposé de participer. Elle jouait un jeu auquel elle ne s’était pas demandé si elle voulait participer.

Elle connaissait les règles : soit ce qu’on attend de toi.

Soit fidèle à l’image que les autres aiment.

Soit une jolie poupée.

Et puis un jour, ce fut le craquage.

Non, pas celui venant du cœur, il état trop anesthésié, il essayait de lui parler depuis bien trop d’années sans succès.

Ce fut son genou.

Match de beach volley, mauvaise réception. Coup classique.

Les pompiers, les urgences, une chambre blanche et froide en attendant les radios.

Maya s’est retrouvée à terre. Physiquement au début, puis moralement à l’hôpital.

Ce moment où on ne peut plus faire semblant. Ce moment où on est obligé d’être soi et où on se rend compte de la superficialité et de l’inutilité de son quotidien.

Une attelle.

Terminés la plage et le beach volley.

Terminées les parades en bikini pour montrer sa peau bronzée.

Dans la même situation, certains auraient exhibé leur attelle en blessés de guerre.

Maya aurait pu se faire porter et chouchouter par tous les garçons de son entourage qui n’attendaient que ça.

Elle aurait pu continuer comme si de rien n’était.

Jusqu’au prochain craquage.

Mais quelque chose s’est produit en elle. Un instinct de survie peut-être, une bouffée d’oxygène sûrement.

Allongée sur son lit d’hôpital, dans cette chambre blanche et froide, seule et avec son genou qui lui faisait terriblement mal, pendant quelques secondes elle s’est juste sentie bien.

Etrange ? Paradoxal ?

Pas tant que ça.

Pendant quelques secondes, la douleur physique l’a empêchée de penser. Personne ne la regardait et il n’y avait rien à regarder. Seule avec elle-même, sans besoin d’être en représentation, sans jeu à jouer, sans ego à flatter, sans apparence à sauvegarder. Plus rien à gagner, plus rien à perdre.

Elle était à terre et elle était heureuse.

Elle était tout simplement enfin elle-même.

Plus aucun accessoire.

Juste une jeune fille qui avait mal au genou.

Pas de long cheveux blonds, pas de sourire enjôleur, pas de silhouette parfaite.

Juste Maya.

En rentrant chez elle, elle regarda sa chambre et elle comprit pourquoi elle se sentait mal auparavant.

Elle arracha tous les posters, elle jeta la moitié de ses affaires, et vida toute son armoire.

Les amis venus lui rendre visite la crurent en dépression. Ils lui conseillèrent d’aller voir un médecin, de prendre des anti-dépresseurs, de ne pas faire de bêtise…

Maya les congédia. Et elle se mit à rire, à rire, comme jamais elle n’avait ri !

Dépressive ? Pas vraiment non …

Libérée.

Libérée de ce jeu, libérée de ce masque.

Maya ne coupa pas ses magnifiques cheveux, elle n’arrêta pas de mettre de short ni de jouer au volley.

Mais elle le faisait différemment.

Elle remplit sa chambre d’autres couleurs, d’autres matières. Elle remplit sa vie d’elle-même, de ce qui lui plaisait réellement, quand elle était toute seule et qu’elle n’avait personne à impressionner et personne qui pourrait la juger ou la féliciter.

Elle arrêta de faire les choses en fonction du regard des autres, et commença à faire les choses en fonction de son instinct et de ce que cela lui faisait ressentir.

Si elle se sentait heureuse avec un poncho, elle mettait un poncho, si elle se sentait heureuse de mettre des talons aiguilles, elle mettait des talons aiguilles.

Son sourire perdit son aspect de jolie vitrine pour devenir sincère et rayonnant.

Elle perdit aussi les gens qui l’entouraient. Pour gagner de vrais amis.

En faisant ce qu’elle aimait réellement, comme se balader le long de la plage, aller à une exposition photo et manger un sandwich au boui-boui du coin (où tout le monde avait pourtant peur d’attraper une intoxication mais où son cœur l’emmenait irrésistiblement, maintenant qu’elle avait accepté et appris à l’écouter), elle rencontra des gens qui ne se souciaient pas de son apparence et qui écoutaient également leur cœur.

Elle se fit des amis qui l’aimaient pour sa personnalité, pour son grand cœur, pour son originalité et sa passion pour les dessous de verre vintage. Elle se fit des amis qui la soutenaient quoi qu’il arrive et qui restaient à ses côtés dans les bons comme dans les moins bons moments.

Des amis qu’elle pouvait recevoir en pyjama en ayant la grippe autant qu’en tenue de gala sans que cela fasse la moindre différence pour eux.

Parce qu’il la VOYAIT. Ils ne voyaient pas ses beaux vêtements ou son maquillage parfait, ils ne voyaient pas son nez qui coule et ses yeux cernés, ils ne voyaient pas ce qui comblaient leurs propres manques ou les rassuraient.

Ils la voyait ELLE.

Maya ne donnait plus cette impression  factice de petite poupée un peu fragile, elle brillait de tout son être et n’avait jamais été aussi belle.

Certes, elle attirait moins les amateurs de petite poupée, mais elle attirait comme un aimant tous les gens qui avaient bon cœur et qui avaient également cette lumière en eux.

Et vous ?

Laissez-vous de la place pour cette lumière ou anesthésiez-vous votre cœur pour rentrer dans un rôle ?

Attendrez-vous un « craquage » ? Ou deux ?…

Êtes-vous profondément vous-mêmes et en accord avec ce qui fait vibrer chaque cellule de votre corps ?

Ecoutez-vous suffisamment votre instinct et vos tripes qui vous disent ce qui est fait pour vous et ce qui vous rend heureux ?

Êtes-vous le même seul et au milieu de la foule ?

Avez-vous cette paix intérieure et ces étoiles dans les yeux ?

Si la réponse est non, il est peut-être temps de découvrir et devenir qui vous êtes 😉

Mélodie Sachs.

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